Ecrire dans cescolonnes pour dire au-revoir à Gérard Poilane me procure unsentiment étrange, mêlant la tristesse de son départ et le plaisird'avoir croisé son chemin professionnel. En ce vendredi, joursacré pour le Haut-Anjou, je veux surtout vous livrer quelquessouvenirs et anecdotes partagés dans notre rédaction de fortuneavant les travaux de la rue Chevreul.
C'est en juin 1981 quenous avons commencé à travailler ensemble, lors de la mise en pagesde ce journal. 33 ans deja ! Bien sûr, Gérard c'était celuiauquel on demandait s'il avait bien mis une pellicule dans sonappareil photos, bien-sur c'était la silhouette incontournable desterrains de football de tout le sud Mayenne, des galettes des rois oudes comités des fêtes. C'était aussi bien plus que cela. A sescôtés, lorsqu'il fut mon rédacteur en chef avant l'arrivée demon ami Yanic Mahier, j'ai appris à aimer le terrain, à parfairemon attachement aux autres.
Gégé, même si l'âgeétait là, même si tes saisons finissaient par ressembler un peutrop à la fin d'un automne hivernal, instant crucial del'existence où le corps et l'esprit parfois se dérobent, jeveux garder et raconter nos étés et nos printemps. Une bonnedizaine d'années d'une collaboration loyale, surprenante àcertains moments mais toujours sincère et respectueuse. Je n'airien oublié, et mes anciens collègues du journal non plus, de nosnuits de fabrication de ce canard qui te collait à la peau. Taplume, puis le cliquetis de ta machine à écrire, se firent l'échode milliers de faits, futiles et importants à la fois, de ce quiconstitue la vie locale à laquelle tu donnais tout et parfois trop.
Quand nos articlesétaient rédigés, quand les pages révélaient leur visagedéfinitif à la sortie de l'impression, quand le petit matinpointait son nez pour être le premier lecteur, nous n'avions pasterminé. Dans l'estafette Renault, plus glissante une fois chargéequ'une savonnette sortie de chez Cadum, nous prenions la route pourlivrer les principaux points de dépôt. Rituel hebdomadaire ohcombien folklorique à tes côtés. Depuis toi, je ne crois pas avoircroisé un conducteur sachant aussi vite ruiner les embrayages !Toujours le pied à moitié enfoncé sur la pédale. Je ne sais pluscombien de 4 L fourgonnette tu as réussi à user mais tu avaisinventé le 4X4 bien avant l'heure. Pas un champ de courses, pasune assemblée communale, pas une noce d'or ou de diamant, pas unerencontre sportive, bref, pas un lieu difficile d'accès en raisond'une grande concentration de personnes ne résistaient à ta 4Lque l'on voyait vraiment stationnée n'importe où et tout letemps !
« Localier pourtoujours »
En 1986, quand l'heurede la théorique retraite vint à sonner, tu avais beau « entendrehaut » (surtout quand ça t'arrangeais), ses cloches ne teplurent beaucoup. Ta connaissance parfaite du terrain, tes réseaux...ettous les embrayages qu'il te restait à épuiser, eurent raisond'un éventuel retour au stand. C'est ainsi que longtemps encore,on te vit appareil photos en bandoulière. Enfin, en bandoulière pastout à fait, dans la mesure où, appareil à bout de bras, d'uneseule main, sans viser, et parfois juste à hauteur des tables, turemontais habilement un groupe de groupe de personnes et tudéclenchais malicieusement.
Bien plus fort quel'image que tu donnais, je dois avouer aujourd'hui, que tu en asramené du gibier en procédant de la sorte, et parfois du gros !Chapeau.
Jusqu'à ces derniersmois, malgré tes difficultés à te mouvoir aussi facilement qu'autemps où tu quittais même tes repas de famille pour retrouver laterre haute angevine de tes reportages (ça n'était quand mêmepas raisonnable ça !), tu étais toujours en éveil. AuCPA, qui restera le sol de tes dernières chroniques virtuelles, ilt'arrivait d'aller vers la fenêtre quand un crissement de pneusvenu de la rue attirait ton attention. Tu disais alors : « ohça encore dû cartonner ». Quelquefois, tu es entrédans le réfectoire en mimant, consciemment ou inconsciemment, laprise d'un cliché...
J'ai quitté notretitre voici un peu plus de 12 ans mais tu m'as marqué Gérard ;comme tu as marqué celles et ceux qui t'entouraient mercredi enl'église de la Trinité. A cet instant, nous pensons aussi auxtiens qui te virent bien moins que nous durant ta longue carrière.Ce journal, c'était ta vie. Je sais que nous ne sommes pasraisonnables mais je sais aussi que l'appel du terrain est unesorte de chant des sirènes. Chaque fois que celle des pompiersretentissait, tu étais dans ta voiture, bien avant nous. SacréGégé !...
Le moteur de ta vie acalé mais tout le Haut-Anjou se souviendra, longtemps je l'espère,du long chemin parcouru. Repose en paix. Et tu peux cette fois,relâcher l'embrayage. C'est ton dernier fait d'hiver Gérard,je te vois t'éloigner dans ton indestructible costume de veloursmarron. D'ici, j'entends presque le ronflement de ta 4 L, c'estcomme si elle avait le coeur un peu gros...
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