Rien ne prédisposait Timothée Dufour à devenir l'avocat des agriculteurs sinon des racines paysannes communes à beaucoup de Français. Ses grands-parents exploitaient une ferme près de Sarlat, en Périgord. C'est la défense d'un agriculteur souhaitant élever des vaches dans la vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris qui va faire basculer sa vie professionnelle et le transformer en "avocat des champs". Dans ce livre, il revient sur les principales affaires rurales qu'il a eu à connaître ces dernières années. Voilà Frédéric Mahaut, ce pisciculteur ardennais interpellé à son domicile par les agents armés de l'OFB (Office français de la biodiversité) suite à la mort malencontreuse d'un aigle empoisonné par son dispositif qui visait à repousser les cormorans pillant ses étangs. Voici Vincent Verschuere dans l'Oise, condamné pour le bruit et l'odeur de ses vaches, pure victime de l'agribashing, ce dénigrement de l'agriculture. Et puis la famille Bouillie en Eure-et-Loir, harcelée par des voisins qui se sont installés à plein temps dans leur résidence secondaire après la pandémie de Covid.
En réponse aux nombreuses affaires qu'il présente dans ce livre, écrit à quatre mains avec Éric de La Chesnais, journaliste au Figaro et agriculteur en Mayenne, Timothée Dufour propose un "Varenne de la cohabitation", en référence à l'adresse parisienne du ministère de l'agriculture. Des négociations qui pourraient réconcilier " les agriculteurs et les néo-ruraux, les chasseurs et les animalistes, les hommes de la terre et les écologistes ". On ne peut qu'acquiescer, même si le poids de l'idéologie et l'irrationalité des groupuscules radicaux compliquent singulièrement les possibilités de dialogue. Reste que cet ouvrage est salutaire et tire la sonnette d'alarme : si les pouvoirs publics veulent faciliter l'installation de nouveaux agriculteurs il faut leur donner la garantie qu'ils ne se retrouveront pas, demain, victime d'un harcèlement judiciaire.
Timothée Dufour, La défense est dans le pré, éd. du Rocher, 280 p., 19,90 euros.
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